Laure Polin

       
"D’une  multitude de mystères, au milieu de la poussière de l’atelier, je tente sans cesse de  révéler LA forme. Celle que je portais à mon insu?, celle qui était enfouie dans la matière?…peu importe, ce sera celle qui émergera de toutes mes sensations de l’instant présent. 
       
Les formes ou les postures signifiantes et symboliques  révélées par mon désir vont alors calligraphier la matière que je vais donner à lire. Mi figuratif, mi abstrait, mon art voyage entre les deux.
       
Dans les courbes et les déliés naissent des visages, des corps, des sensations, des mouvements, des rythmes. Ma sculpture appartient  au domaine de la découverte. Lorsque je sculpte, que ce soit en taille directe sur l'ardoise ou en plâtre pour donner naissance aux bronzes,  je ne cherche pas à illustrer une forme préétablie. Je construis une forme qui me fasse reconnaître le sentiment que je porte.
       
Au commencement est l’indécision.Je cherche une trace, une empreinte, un repère, une mémoire dans la matière, un indice… Je taille, je ponce, je bouscule la matière, alors quelque chose survient ; un détail infime parfois, comme un écho ou au contraire comme un appel.  
     
Je reconnais un œil, un dos, une vertèbre, l’esquisse d’une ossature, d’une construction, d’un mouvement…En réalité je reconnais le début  d’une âme (de mon âme ?), le début d’une structure, le début d’une œuvre. La sculpture me conduit dans des territoires de recherche, sans à priori, où je vais trouver le chemin qui va matérialiser ce flux qui me traverse en modelant la matière"