Retour sur la vie de Claudia Andujar, artiste et activiste

Retour sur la vie de Claudia Andujar, artiste et activiste

Susi Korihana thëri au bain, pellicule infrarouge, Catrimani, Roraima, 1972 1974 © Claudia Andujar

 

Née en 1931 en Transylvanie, Claudia Andujar rejoint la Suisse avec sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale pour fuir les persécutions nazies en Europe de l’Est. Son père, juif hongrois, est déporté à Dachau où il est exterminé avec la plupart des membres de sa famille. Après la guerre, Claudia Andujar s’installe en 1955 au Brésil, où elle entame une carrière de photojournaliste.

 

Diapositives de la projection audiovisuelle 1989 2018 / Claudia Andujar

 

Elle rencontre pour la première fois les Indiens Yanomami en 1971. Fascinée, elle décide d’entreprendre un travail photographique approfondi sur leur monde. Les photographies prises à cette période montrent les diverses techniques qu’elle expérimente pour traduire ce qu’elle perçoit de l’expérience chamanique des Indiens. En appliquant de la vaseline sur l’objectif de son appareil, en utilisant une pellicule infrarouge ou en jouant avec la lumière, elle crée des distorsions visuelles qui imprègnent ses images d’une certaine surréalité. Dans le même temps et afin de mieux comprendre leur culture, elle propose aux Yanomami de représenter eux-mêmes leur univers en leur fournissant papier, stylos et feutres.

 

Jeune Wakatha u thëri, victime de la rougeole, soigné par des chamans et des aides-soignants de la mission catholique Catrimani, Roraima, 1976 / Claudia Andujar

 

La fin des années 1970 marque un tournant dans sa carrière. La construction, par le gouvernement militaire brésilien, de la route transamazonienne dans le sud du territoire Yanomami ouvre la région à la déforestation et provoque la destruction de communautés entières en favorisant la propagation d’épidémies. Cette situation dramatique n’est pas sans rappeler à Claudia Andujar le génocide auquel elle a assisté en Europe, et cette prise de conscience la pousse à s’engager entièrement dans la lutte en faveur de la défense des droits des Yanomami et de la protection de leur forêt. Son militantisme prend alors le pas sur son travail artistique et la photographie devient pour elle une préoccupation secondaire.

C’est à cette époque que Claudia Andujar réalise, lors d’une campagne de vaccination, des photographies en noir et blanc de Yanomami portant autour du cou un numéro servant à les identifier sur des fiches médicales.

 

MARCADOS, 1981-1984 / Claudia Andujar

 

La photographe écrira dès lors « A 13 ans, j’ai rencontré pour la première fois les “marcados para morrer” (marqués pour mourir). C’était en Transylvanie, en Hongrie, à la fin de la seconde guerre mondiale. Mon père, ma famille paternelle, mes amis d’école, tous avaient l’étoile de David cousue à la poitrine, sur le revers des manteaux pour les “marquer”, les agresser, les humilier et, plus tard, les déporter dans les camps d’extermination. (…) C’est un sentiment ambigu qui me saisit, soixante ans plus tard, pour transformer le simple récit des Yanomami en tant que “peuple” destiné à vivre, en une œuvre qui questionne l’étiquetage des êtres à des fins différentes »

 

Catrimani, Roraima, 1972-1976 / Claudia Andujar

 

En 1992, grâce au combat mené sans relâche par Claudia Andujar, le gouvernement brésilien a accepté de reconnaître légalement le territoire des Yanomami. Cependant, l’intégrité de ce territoire, est aujourd’hui encore menacée par une invasion de chercheurs d’or et par la déforestation causée par les grands éleveurs. 

 

Exposition :

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la plus vaste exposition jamais consacrée à l’œuvre de la grande photographe brésilienne Claudia Andujar qui, depuis les années 1970, dédie sa vie à la photographie et à la défense des Yanomami, peuple amérindien parmi les plus importants de l’Amazonie brésilienne.

En retraçant le combat d'une vie et en dévoilant la richesse du travail de Claudia Andujar, l'exposition Claudia Andujar, La Lutte Yanomami montre pour la première fois son œuvre dans toute sa beauté et sa complexité. 

 

Date : Jusqu'au 10 mai

Lieu : Fondation Cartier, 261 Boulevard Raspail, 75014 Paris