Philosophie de l'art (3/9) : Hegel

Philosophie de l'art (3/9) : Hegel

     

Notre troisième chapitre sur le philosophie de l'art est consacré à Hegel. Nous appuyons sur "Petite philosophie de l'Art", rédigé par C. Morana & E. Oudin, aux éditions Eyrolles.         

Philosophe de renom allemand né en 1770, Hegel publie Phénoménologie de l'esprit (1807) puis La Science de la logique (1816) qui lui vaudra la chaire de l'Université de Berlin en 1818.

Dans son ouvrage L'Esthétique ou la Philosophie de l'art (1842), Hegel critique fortement la Critique du Jugement de Kant, notamment sur la notion du beau. Quand pour Kant, le beau naturel est vu comme supérieur au beau artistique, chez Hegel ce point de vue s'inverse. Le beau ne peut être qu'artistique pour Hegel.

La supériorité de l'art sur la nature

Pour Hegel, aucune activité humaine n'existe sans nécessité. Il aborde alors l'activité artistique comme un besoin de l'esprit. Ainsi l'art permettrait à l'homme de s'approprier la nature, de la modeler et de la transformer. On pourrait alors se demander si l'art viendrait d'un besoin d'imiter la nature.

Toutefois dans la philosophie hégelienne, l'art ne saurait se borner à imiter la nature, puisque cette mission serait de nature trompeuse, médiocre et donc inutile.

       

'Ce qui fait qu'une oeuvre d'art est supérieure à toutes les productions de la nature : la sensibilité et l'intelligence à partir desquelles un paysage, par exemple, va être représenté en peinture, conférent à cette oeuvre de l'esprit un rang plus haut que le simple paysage naturel.' L'Esthétique ou la Philosophie de l'art (1842)

      

L'art doit donc rendre compte d'autre chose, quelque chose de supérieur. Hegel analyse alors l'art du portrait : le portrait ne doit pas être une imitation du réel mais "un visage façonné par l'esprit". En d'autres termes, le portrait doit rendre compte de l'âme du sujet représenté, et non uniquement de son esthétique. C'est ainsi qu'une esquisse peut laisser transparaître davantage d'émotions, de suppositions et d'interrogations qu'une simple reproduction à l'identique du sujet.

Hegel va jusqu'à dire que c'est en ce sens que la représentation artistique est supérieure à la nature, parce qu'elle est porteuse d'une valeur spirituelle plus grande.

     

"L'art dégage des formes illusoires et mensongères de ce monde imparfait et instable la vérité contenue dans les apparences, pour la doter d'une réalité plus haute créé par l'esprit lui-même" L'Esthétique ou la Philosophie de l'art (1842)

     

L'art et la philosophie

Pour Hegel, l'art exerce un effet en idéalisant et en spiritualisant des apparences sensibles. L'artiste ne se contente pas de représenter le réel, il va représenter sa "pure apparence", son idée.

L'art permet de transcender une scène de tous les jours, à travers le regard de l'artiste. Cette scène, aussi insignifiantes soit-elle, sera élevée au rang d'oeuvre d'art. C'est ce qu'Hegel appelle "l'idéalité de l'art". Les oeuvres d'art font donc parti d'après lui du "royaume des ombres sensibles", en ce sens qu'elles reflètent l'essence d'un sujet.

     

"L'art nous invite à la méditation philosophique"

       

L'art et la philosophie sont donc très liés dans la philosophie hégelienne. L'art est une manifestation sensible d'une idée philosophique conceptuelle. Ainsi, il répond à Kant sur le beau : le beau artistique résulte d'une "adéquation complète entre l'idée et sa forme, en tant que réalité conrète" (Georges Bras, Hegel et l'art (2008))

Pour paraphraser Paul Klee : l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible.