Philosophie de l'art (2/9) - Nietzsche

Philosophie de l'art (2/9) - Nietzsche

Notre deuxième chapitre sur le philosophie de l'art est consacré à Nietzsche. Nous appuyons sur "Petite philosophie de l'Art", rédigé par C. Morana & E. Oudin, aux éditions Eyrolles. 

        

Nietzsche et la puissance de l'art

Philosophe allemand du XIXème siècle, Nietzsche est l'auteur de nombreux ouvrages philosophiques comme Le Gai Savoir (1882), Ainsi parlait Zarathoustra (1884), Par-delà bien et mal (1886) ou encore Généalogie de la morale (1887).

Sa réflexion sur l'art est aigüe. Il déclare que "nous avons l'art afin de ne pas mourir de la vérité". Pour lui, l'art a une fonction protectrice de la vie. Sans en faire une illusion trompeuse, comme le veut la pensée platonicienne, il en fait une illusion qui sublime la réalité et permet la protection de la vie.

Comment l'art exerce-t-il alors une fonction de protection vitale ?

La fonction de protection de la vie doit être pour Nietzsche, la finalité de toute chose morale. La vérité et l'erreur sont des jugements de valeur conditionnés par notre existence. Or la vérité peut, dans certaines conditions d'existence, ne pas avoir comme finalité une valeur protectrice de la vie. L'art apparaît donc ici comme transcendant à la vérité et agit, pour Nietzsche, comme une "force positive d'approbation de la vie".

La vie a par nature une construction tragique du fait de notre condition de mortel. La conscience de cette condition ne peut qu'être tragique pour l'homme. Cette tragique condition amène celui qui jète un regard au fond de l'essence des choses à ne ressentir que du dégoût pour l'action et ne voir plus que l'absurdité de l'existence.

     

"L'art survient, tel un magicien qui sauve et qui guérit. Car lui seul est à même de plier ce dégoût pour l'horreur et l'absurdité de l'existence à se transformer en représentations capables de rendre la vie possible : je veux parler du sublime, où l'art dompte et maîtrise l'horreur, et du comique, où l'art permet au dégoût de l'absurde de se décharger.", La Naissance de la tragédie, (1872)

     

La fonction de l'art serait donc pour Nietzsche, de nous faire accepter cette condition en sublimant la vie elle-même. L'art, essentiellement producteur de belles formes, de belles apparences, nous voile le fond tragique de la réalité et s'avère ainsi producteur d'illusions protectrices de la vie.

L'art et les sciences

Nietsche oppose aussi fortement l'art et les sciences dans leur rapport à la condition humaine. Pour lui, l'émulation des temps modernes pour le progrès technique et la passion de la connaissance ne serait qu'absurdité si l'art n'y portait remède.

      

" Comment naît l'art ? Comme un remède à la connaissance. La vie n'est possible que grâce à des illusions d'art." Origine et fin de la tragédie, (1870)

     

L'artiste, ce poète

Même si Nietzsche définit volontiers les oeuvres d'art comme des illusions protectrices de la vie, il n'insinue pas pour autant que les artistes sont des hommes qui produisent ces illusions pour nous faire oublier la cruauté du monde. Les artistes sont pour Nietzsche des "poètes de leurs vies" (Le Gai Savoir, 1882) puisqu'ils ne protègent pas la vie en la fuyant, mais en la sublimant.

           

" L'art et rien que l'art ! C'est lui seul qui rend possible la vie, c'est la grande tentation qui entraine la vie, le grand stimulant qui pousse à vivre" Fragments Posthumes, (1888)